
Le pays se retrouve pris à la gorge, « ganganné » de tous côtés. Nous ne savons plus vers quel saint nous tourner. Les gangs en cravate sur toutes les radios rivalisent avec les gangs en sandales qui gèrent le spectacle sur TikTok. Le peuple, impuissant, assiste à un show sinistre. Le rhum en main, certains se réjouissent du spectacle. Mais à quel prix ?
Le billet pour ce théâtre macabre, est-ce une Port-au-Prince plus dévastée que Gaza ? Ce billet est-il payé par les milliers de misérables qui meurent, sont violés, déplacés ? Est-ce la faim qui ronge les cerveaux de ceux qui tirent les ficelles ? Est-ce cela le prix du spectacle que nous regardons aujourd’hui ?
Le peuple souffre, plongé dans une spirale de violence et de désespoir, et pourtant, ces deux groupes – journalistes et TikTokers – continuent d’exposer, de commenter, d’alimenter cette machine infernale sans jamais prendre la pleine mesure de leur responsabilité dans la diffusion de cette tragédie. Les journalistes en cravate, installés dans leurs studios, donnent inlassablement la parole à ces mêmes politiciens corrompus, les laissant dérouler leurs discours creux, tandis qu’ils ferment les yeux sur l’impact réel de leurs décisions. Ils contribuent à maintenir en place un système gangrené, tout en prétendant informer le public.
D’un autre côté, les TikTokers, avec leurs vidéos frénétiques, glorifient presque les gangs qui contrôlent les rues. À travers leurs écrans, ils transforment la violence en spectacle, capturant et diffusant des images de chaos qui circulent à une vitesse folle. Ce qu’ils présentent n’est pas de l’information, mais une sorte de voyeurisme morbide qui banalise la mort et la souffrance de leurs compatriotes. Les uns et les autres agissent comme si leurs plateformes étaient exemptes de toute responsabilité, mais en réalité, ils sont complices d’un cycle de violence qu’ils nourrissent, qu’ils encouragent même, en lui offrant une audience toujours plus large.
Le spectacle est total. Les pauvres paient de leur vie et de leur dignité, pendant que le reste du pays continue à regarder, à commenter, à s’indigner un instant, avant de passer à autre chose. Les applaudissements résonnent dans l’indifférence générale. Qui, parmi nous, se rend compte du prix exorbitant que nous avons tous payé pour ce ticket ? Le sang de la nation coule à flots, et pourtant, le rideau ne tombe jamais.
Nous avons acheté ce ticket, mais à quel prix ? Un pays plongé dans un chaos qui n’a rien à envier aux zones de guerre.

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