
Depuis quelque temps, des images troublantes circulent sur les réseaux sociaux, montrant des agents de la Brigade de Sécurité des Aires Protégées (BSAP) lourdement armés. À l’origine, cette force spéciale a été créée pour assurer la protection des zones protégées d’Haïti, ces espaces vitaux pour la préservation de notre environnement et de nos ressources naturelles. Cependant, une question brûle les lèvres de bon nombre d’observateurs : les armes que détiennent ces agents sont-elles réellement nécessaires pour la mission de protection environnementale qui leur a été assignée?
Créée pour contrer les activités illégales dans les parcs nationaux, telles que la déforestation, le braconnage et l’exploitation illégale des ressources naturelles, la BSAP semble aujourd’hui se transformer en une force paramilitaire à part entière. Les images des agents, équipés de fusils d’assaut de haute puissance, donnent l’impression d’une unité de combat plus qu’une brigade de protection de la biodiversité. Mais alors, d’où viennent ces armes et qui en autorise l’utilisation?
Des armes qui interrogent
Il est légitime de se demander pourquoi des agents chargés de protéger la faune et la flore de nos parcs nationaux sont dotés d’un tel arsenal. Ces armes ne sont ni celles de la Police Nationale d’Haïti (PNH), ni celles des forces armées. Cela pose un problème de transparence et de gouvernance. D’où viennent-elles? Qui en assure la gestion? Et surtout, pourquoi une force dédiée à la protection de l’environnement ressent-elle le besoin de s’armer de cette manière?
L’opacité autour de l’acquisition de ces armes soulève des inquiétudes quant à la dérive potentielle de la BSAP. N’oublions pas que Haïti, depuis plusieurs années, lutte contre des groupes armés qui défient l’autorité de l’État. La multiplication des armes en circulation, sans contrôle clair, risque d’aggraver une situation déjà extrêmement tendue.
Une dérive à prévenir
À mon avis, il est impératif que le ministre de la Justice, le ministre de l’Environnement et le Premier ministre se réunissent pour redéfinir clairement le cadre d’action de la BSAP. Il est essentiel que cette brigade dispose des outils et des ressources adéquats pour accomplir sa mission sans risquer de devenir une force armée incontrôlable. Sans une régulation stricte et une direction claire, nous risquons de nous diriger vers un problème encore plus grave que celui posé par le groupe armé G9.
Il est donc crucial de remettre en question l’orientation actuelle de la BSAP. Certes, la protection de nos réserves naturelles est une mission d’une importance capitale pour la survie de notre écosystème, mais elle ne doit pas se faire au détriment de la stabilité et de la sécurité nationale. Si nous laissons cette force évoluer sans cadre réglementaire clair, elle pourrait devenir un facteur de désordre supplémentaire, là où nous cherchons justement à rétablir l’ordre.
Une action coordonnée nécessaire
Il ne s’agit pas seulement de questionner l’armement des agents de la BSAP, mais de comprendre leur rôle et leur mission dans un cadre républicain. Une brigade environnementale doit agir de manière proportionnée aux défis qu’elle rencontre. Il est crucial que les autorités concernées se penchent sur la question, qu’elles réévaluent les besoins réels de la BSAP et qu’elles fixent des règles précises pour l’utilisation de la force.
Le gouvernement doit assurer la transparence dans l’achat des armes et des munitions, ainsi que dans leur utilisation. Si la BSAP s’équipe pour un conflit armé, nous devons en connaître les raisons et les objectifs. Sans cela, nous risquons de voir cette force s’inscrire dans une logique de militarisation qui pourrait déborder les autorités civiles.
En conclusion, la situation actuelle de la BSAP est une question urgente qui demande une attention immédiate des plus hautes instances de l’État. Le ministre de la Justice, le ministre de l’Environnement et le Premier ministre doivent prendre leurs responsabilités. Sans une régulation stricte, une clarification des missions et des outils appropriés, nous risquons de sombrer dans une spirale de violence et de chaos qui ferait pâlir la menace déjà posée par le G9. Il est temps d’agir avant qu’il ne soit trop tard.

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