Les États-Unis, l’Ukraine et Haïti : Une question de priorité ou de simple négligence?

Des policiers kenyans et haïtiens collaborent lors d’une opération conjointe en juillet 2024 à Ganthier

L’administration Biden semble avoir fait un pas en arrière face à la situation haïtienne, un mouvement surprenant compte tenu de leur engagement initial. Selon un article du Miami Herald rédigé par Jacqueline Charles et Michael Wilner, publié le 4 septembre 2024, le gouvernement américain explore désormais la possibilité de transformer la mission kenyane en Haïti, la Multinational Security Support (MSS), en une opération traditionnelle de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies.

Pourquoi ce recul ? Pourquoi un tel changement de cap alors que cette mission a été, dès le départ, conçue et financée par les États-Unis pour stabiliser un pays qu’ils prétendent être un “pays ami” ? Ce revirement soulève des questions fondamentales sur les réelles priorités de Washington. Alors que l’engagement militaire américain en Ukraine continue d’atteindre des montants faramineux, Haïti, à quelques kilomètres des côtes américaines, continue de sombrer dans le chaos avec un soutien international beaucoup plus modeste.

Un financement asymétrique

Les chiffres sont éloquents. Jusqu’à présent, l’administration Biden a approuvé 66 milliards de dollars pour soutenir l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie. Cet argent a servi à financer des équipements militaires, de l’assistance humanitaire, et des soutiens économiques, tout en fournissant des armes modernes et une aide logistique colossale .

Comparons cela aux 300 millions de dollars que les États-Unis ont investis dans la mission en Haïti, une somme destinée principalement à soutenir les forces kenyanes sur le terrain . Ce montant paraît dérisoire à côté des milliards dépensés en Ukraine. Pour certains, cette différence criante reflète une hiérarchisation des priorités américaines, où Haïti, malgré son voisinage immédiat avec les États-Unis, semble relégué au second plan.

Mais au-delà des chiffres, il est important de souligner la volonté actuelle de Washington de faire passer la MSS sous l’égide des Nations Unies. Pourquoi ce désir soudain de partager le fardeau avec d’autres nations après avoir mis en place cette mission ? Est-ce là une manière de se laver les mains d’un échec annoncé ?

Les indices d’un échec annoncé

Dès le départ, des indices laissaient entrevoir que la mission en Haïti était vouée à l’échec. Des lacunes en matière d’équipements, un manque de contributions financières de la part d’autres nations, et une mission composée uniquement de policiers plutôt que de forces militaires robustes ont gravement compromis son efficacité.

La décision de transformer la mission en une opération de maintien de la paix de l’ONU pourrait être perçue comme une tentative des États-Unis de sauver la face. En d’autres termes, le gouvernement américain pourrait vouloir s’éloigner d’une mission qui semble avoir été mal préparée dès le début. Est-ce une manière pour Washington de dire : “Ce n’est pas notre échec” ?

Un désengagement déguisé

Dans l’opinion que j’exprime ici, basée sur l’article de Jacqueline Charles et Michael Wilner, je trouve déplorable cette tendance des États-Unis à reculer à un moment où Haïti a le plus besoin de soutien. Comment un pays qui se prétend “ami” d’Haïti peut-il hésiter à investir les ressources nécessaires pour stabiliser un voisin en crise, alors qu’il dépense des dizaines de milliards dans des conflits lointains comme celui de l’Ukraine ?

Les États-Unis auraient-ils besoin de dépenser 1% de ce qu’ils investissent en Ukraine pour faire de la mission haïtienne un succès ? Probablement pas. Mais la question est jusqu’à quand Haïti sera-t-il laissé à se débattre, menacé par des gangs armés, tandis que l’ami américain semble jouer la politique de la crevette, reculant dès que la situation devient trop compliquée ?

Haïti n’a pas besoin de simples promesses de soutien ou de demi-mesures, mais d’un engagement ferme et soutenu. Si les États-Unis continuent à traiter Haïti de cette manière, il est légitime de se demander si cette amitié proclamée n’est qu’un jeu diplomatique sans véritable volonté d’aider.

Conclusion

En somme, les États-Unis semblent vouloir se désengager de la crise haïtienne tout en évitant de reconnaître que la mission MSS a été, dès le départ, mal conçue et mal financée. Cette attitude est d’autant plus choquante quand on la compare aux montants investis dans la guerre en Ukraine. En cherchant à transférer la mission sous la bannière des Nations Unies, Washington pourrait bien être en train d’esquiver ses responsabilités face à une crise qui, à bien des égards, aurait pu être évitée avec un engagement plus conséquent dès le départ.

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